La France de 2035 ne ressemblera pas à celle d’aujourd’hui. Entre un climat qui se réchauffe plus vite que la moyenne planétaire, une population vieillissante et des objectifs énergétiques ambitieux fixés par l’État, le pays aborde une décennie de mutations profondes. Le grand exercice de prospective nationale « France 2035, France 2050 », lancé en octobre 2025 par le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan, tente de cartographier ces transformations.
Santé et vieillissement en France : la pression budgétaire qui vient
Les concurrents en SERP traitent largement du climat et de l’économie. Ils passent presque tous à côté d’un sujet qui va pourtant structurer la prochaine décennie : le vieillissement de la population et son impact sur le système de santé.
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Selon les projections du Leem, basées sur les données de l’Assurance maladie et du Global Burden of Disease, d’ici 2035, environ 1 Français sur 4 sera concerné par une affection de longue durée. Ces affections (diabète, cancers, maladies cardiovasculaires, troubles neurodégénératifs) représenteraient alors près de 75 % des dépenses de l’Assurance maladie.
Ce basculement impose des choix concrets. La médecine de ville devra absorber une part croissante des soins chroniques, alors que les déserts médicaux continuent de s’étendre. L’organisation hospitalière, déjà sous tension, devra se réinventer autour de la prise en charge de la dépendance.
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Les données disponibles ne permettent pas de conclure sur la capacité du système actuel à tenir ce rythme sans réforme structurelle du financement. La question n’est pas de savoir si cette pression arrivera, mais comment le pays choisira de la répartir.

Changement climatique en France : vivre avec un réchauffement accéléré
Météo-France pose un cadre clair. Le réchauffement moyen en France hexagonale et en Corse atteint déjà +1,9 °C par rapport à la période préindustrielle. L’Europe se réchauffe plus vite que la moyenne mondiale, et les projections indiquent une hausse de +2,7 °C à horizon 2035 par rapport à cette même période préindustrielle.
Ce ne sont pas des abstractions. Voici ce que cela signifie concrètement pour la décennie à venir :
- Les vagues de chaleur deviendront plus fréquentes et plus longues, avec un impact direct sur les écoles (moins de 10 % sont climatisées actuellement), les hôpitaux et les infrastructures de transport
- Les épisodes de sécheresse des sols vont s’intensifier, menaçant l’agriculture dans les bassins déjà fragiles du sud et du centre du pays
- Les pluies intenses augmenteront en fréquence, posant la question de l’adaptation des réseaux d’assainissement et de la gestion des risques d’inondation en zone urbaine
L’adaptation au climat n’est plus un horizon lointain. Elle devient un poste budgétaire concret pour les collectivités, les entreprises et les ménages.
Trajectoire énergétique de la France à horizon 2035
La France s’est engagée à atteindre la neutralité carbone en 2050, avec un objectif intermédiaire de réduction de 50 % des émissions brutes de gaz à effet de serre en 2030 par rapport à 1990. La Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) fixe des jalons plus précis qu’auparavant pour la décennie en cours.
Les objectifs chiffrés de la PPE3
Le texte prévoit une réduction de 29 % de la consommation finale d’énergie en 2030 par rapport à 2012, soit une baisse d’environ 38 TWh par an sur la période 2024-2030. Le mix énergétique devrait atteindre 60 % d’énergies bas-carbone en 2030, puis 71 % en 2035.
Ces chiffres dessinent une France dans 10 ans où la rénovation thermique des bâtiments, l’électrification des transports et le développement des renouvelables ne seront plus des options de politique publique mais des contraintes opérationnelles. Les retours terrain divergent sur ce point : le rythme actuel de rénovation des logements reste très en dessous de la trajectoire nécessaire pour tenir ces objectifs.

Économie et réformes : ce que les projections ne disent pas
Les exercices de prospective comme « France 2035, France 2050 » ou le rapport « Quelle France dans dix ans ? » identifient des freins récurrents au développement économique du pays : niveau de la dette publique, pression sur les salaires des travailleurs peu qualifiés face à la concurrence internationale, et incertitudes sur la capacité du progrès technique à soutenir la croissance.
Le rapport de France Stratégie (anciennement Commissariat général à la stratégie et à la prospective) pointait déjà trois grands objectifs pour le pays :
- Retrouver une croissance de la productivité qui permette de financer le modèle social sans accroître l’endettement
- Adapter l’économie aux nouvelles inégalités liées à la numérisation, qui redistribuent les cartes entre territoires et catégories de travailleurs
- Maintenir la capacité d’action de l’État dans un contexte de multiplication des zones d’instabilité géopolitique et de pression sur les chaînes d’approvisionnement
La difficulté de ces projections, c’est qu’elles supposent une continuité des politiques publiques que l’histoire récente dément régulièrement. Entre 2015 et 2025, la France a traversé une pandémie, une crise énergétique et une instabilité politique qui n’avaient été anticipées par aucun exercice prospectif.
Aménagement du territoire et métropolisation en France d’ici 2035
Les travaux de la DATAR (aujourd’hui ANCT) sur les futurs possibles du territoire français soulèvent une tension qui va s’accentuer : la métropolisation continue de concentrer emplois et services dans les grandes agglomérations, pendant que les territoires de faible densité cherchent de nouveaux modèles de développement.
Le changement climatique redistribue aussi les cartes géographiques. Les territoires du sud, aujourd’hui attractifs, pourraient perdre en habitabilité estivale. Les villes intermédiaires du centre et du nord pourraient gagner en attractivité relative, à condition de disposer des infrastructures de santé, de transport et de connectivité numérique nécessaires.
Cette recomposition territoriale n’est pas qu’une affaire d’urbanisme. Elle touche directement la valeur du patrimoine immobilier, l’accès aux soins et la viabilité des services publics locaux. En revanche, aucune donnée fiable ne permet aujourd’hui de quantifier précisément ces mouvements de population à dix ans.
La France de 2035 se construit sur des trajectoires déjà engagées : un système de santé qui devra absorber le choc du vieillissement, un climat qui impose des adaptations coûteuses, une transition énergétique aux objectifs ambitieux et un territoire en recomposition. La seule certitude, c’est que ces transformations n’attendront pas que le pays soit prêt.

