On achète un véhicule utilitaire, on l’inscrit au compte 2182, et dès le premier exercice on se demande comment constater sa perte de valeur sans toucher au compte d’origine. C’est exactement le rôle du compte 28 amortissements des immobilisations. Ce compte miroir vient diminuer la valeur nette de l’actif au bilan, sans modifier le coût d’acquisition initial. Comprendre son fonctionnement évite des erreurs d’écriture qui se traînent d’un exercice à l’autre.
Compte 28 : un compte de contrepartie, pas un compte de charge
La confusion la plus fréquente sur le terrain, c’est de mélanger le compte 28 avec le compte 681 (dotations aux amortissements). Le 681 est un compte de charge : il passe au compte de résultat et réduit le bénéfice de l’exercice. Le 28, lui, vit au bilan, côté actif, en négatif.
A voir aussi : Comment la transformation numérique affecte-t-elle les employés de la comptabilité d’entreprise ?
Concrètement, le compte 28 fonctionne à l’envers des autres comptes de la classe 2. Quand on crédite le 28, on augmente l’amortissement cumulé. Le solde du compte 28 est toujours créditeur, ce qui est inhabituel pour un compte d’actif. C’est ce mécanisme de « sens contraire » qui permet de lire la valeur nette comptable d’un bien en soustrayant le solde du 28 du solde du compte d’immobilisation correspondant.
Un exemple : une machine inscrite au compte 2154 pour un certain montant, avec un amortissement cumulé au compte 28154, donne une valeur nette comptable égale à la différence entre les deux. On ne touche jamais au 2154 tant que le bien reste dans le patrimoine.
A découvrir également : Comment choisir un bon ERP ?
Écriture comptable d’amortissement : le jeu débit 681 / crédit 28
Chaque année, à la clôture, on passe une écriture de dotation. Le schéma est toujours le même.
- On débite le compte 6811 (dotations aux amortissements des immobilisations incorporelles) ou 6812 (corporelles) du montant de la dotation annuelle.
- On crédite le sous-compte du 28 correspondant à l’immobilisation concernée (2805 pour un logiciel, 2815 pour du matériel industriel, 2818 pour du mobilier, etc.).
- Le montant de la dotation dépend de la méthode choisie (linéaire, dégressive) et de la durée d’utilisation prévue.
Le sous-compte du 28 suit exactement la structure du compte d’immobilisation. Si le bien est au 2183, l’amortissement ira au 28183. Cette symétrie n’est pas une convention facultative, c’est la règle du plan comptable général.

Subdivisions du compte 28 : savoir où ranger chaque amortissement
On voit souvent des TPE tout passer dans un seul compte 28, sans subdivision. Ça fonctionne au quotidien, mais ça complique la lecture du bilan et le contrôle en cas de vérification.
Les deux grandes familles sont le compte 280 pour les immobilisations incorporelles et le compte 281 pour les corporelles. À l’intérieur, la ventilation suit la nature du bien :
- 2805 : amortissement des logiciels, brevets, licences
- 2813 : amortissement des constructions
- 2815 : amortissement du matériel industriel (installations techniques)
- 2818 : amortissement des autres immobilisations corporelles (mobilier, matériel de bureau, matériel de transport)
En pratique dans les petites structures, il est courant d’enregistrer les dotations dans un compte unique 681, quelle que soit la nature de l’immobilisation. Les retours varient sur ce point : certains cabinets l’acceptent pour les micro-entreprises, d’autres insistent sur la ventilation dès le premier exercice. L’approche la plus sûre reste de ventiler, ne serait-ce que pour faciliter la sortie d’un actif le jour où on le cède ou le met au rebut.
Sortie d’immobilisation et solde du compte 28
C’est au moment de la cession ou de la mise au rebut que le compte 28 montre toute son utilité. Quand on vend un bien ou qu’on le sort du patrimoine, on solde le sous-compte du 28 en le débitant pour annuler l’amortissement cumulé. Simultanément, on crédite le compte d’immobilisation d’origine pour sortir le bien du bilan.
Si le bien est vendu, la différence entre le prix de cession et la valeur nette comptable génère une plus-value ou une moins-value. Cette écriture de sortie est un point où les erreurs sont fréquentes : oublier de solder le 28 laisse un fantôme au bilan, un amortissement cumulé qui ne correspond plus à rien.
L’écriture type pour une cession complète suit ce schéma : débit du 28 (pour l’amortissement cumulé), débit du 675 (valeur comptable des éléments cédés, pour la valeur nette restante), crédit du compte d’immobilisation (classe 21) pour le coût d’origine total.
Nouveau PCG 2025 et compte 28 : ce qui change concrètement
Le règlement ANC n°2022-06, obligatoire depuis le 1er janvier 2025 pour les exercices ouverts à compter de cette date, a réduit le plan de comptes. Plusieurs sous-comptes jugés trop granulaires ont été supprimés. Pour le compte 28, cela signifie que le suivi des amortissements doit désormais s’aligner sur un référentiel plus compact.
Autre point concret : la réforme redéfinit strictement le résultat exceptionnel. La frontière entre amortissements ordinaires et écritures exceptionnelles lors de la sortie d’un actif est désormais plus nette. Si on utilisait jusqu’ici des comptes 687 (dotations exceptionnelles) pour certains amortissements dérogatoires, il faut vérifier que le traitement reste conforme au nouveau référentiel.
Les entreprises dont l’exercice a été clos au 31 décembre 2024 n’étaient pas encore concernées, sauf application anticipée volontaire. Ce point de bascule mérite attention pour toute structure qui prépare sa première clôture sous le nouveau PCG.
Le compte 28 reste un outil de lecture du bilan avant d’être une contrainte technique. Bien ventilé et correctement soldé lors des sorties d’actifs, il donne une image fiable de la valeur résiduelle du patrimoine. C’est aussi le premier endroit qu’un vérificateur consulte pour s’assurer que les dotations aux amortissements correspondent à la réalité des biens détenus.

